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Le retour de la philo au
lycée et à la fac)20
ans de solitude
Saïd Afoulous
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Parmi les
enseignants de philo il n’était pas rare dans un
passé lointain et jusqu’à l’année dernière qu’on
entende ceci :
« La
philo est en état de siège »
On explique
cette situation par la décision des pouvoirs
publics à un certain moment, depuis les années
70 du siècle passé, de supprimer progressivement
la philo non seulement de l’enseignement
secondaire mais aussi supérieur pour le motif
qu’elle était considérée comme un facteur de
subversion.
Bien entendu
il y a l’autre point de vue qui dit que
l’enseignement de la philo était entré dans une
phase d’instrumentalisation politique en
s’aventurant loin de la prérogative initiale :
l’enseignement.
Du coup la
mise au pas est logique selon ce point de vue.
Mais il se trouve qu’il s’agit là d’une logique
qui n’a rien de logique. Plutôt une dérive, une
bavure du système qui a perduré durant presque
20 ans et plus. « Un système utilitariste qui
fait de l’apprentissage et des diplômes un moyen
de vivre chacun pour soi, de se caser et non pas
de réfléchir et de se tracer un idéal de vie
meilleure, être un élément positif aussi bien
pour la communauté que pour soi-même » confie un
prof de philo.
Conséquence :
un certain nombre de professeurs de philo ont
été contraints de changer de matière
d’enseignement soit l’arabe dans des collèges ou
« l’éducation islamique », ou encore « les
études islamiques » dans les Fac quand il s’agit
de prof universitaires.
L’écrivain
marocain de langue arabe Amin Khamlichi, dans
son style de dérision décapant, donne à voir
cette situation d’exil et d’aliénation loufoque
du prof de philo dans une nouvelle qui décrit
l’univers d’un personnage, prof de philo,
subissant un drame très représentatif de la
situation de beaucoup d’enseignants de philo au
Maroc. Car comme nombre d’entre eux ce
personnage au lieu d’enseigner la philosophie,
se trouve contraint d’enseigner l’éducation
islamique tarbiä islamiä avec un programme de
thèmes obsolètes issu d’une culture sclérosée
qui nuit beaucoup plus à cette matière et la
fait haïr pour l’éternité.
Le drame
d’aliénation et d’exil a été vécu pleinement par
des enseignants qui avaient eu le malheur de
choisir cette matière d’enseignement par amour
et profonde conviction en optant pour une façon
d’agir et d’être à rebours du système. Ils
furent contraints d’enseigner d’autres matières.
D’aucuns devaient regretter amèrement leur
choix.
Voici ce que
raconte une enseignante de philo T.J mère de
famille contrainte d’enseigner la langue arabe
après quelques années d’enseignement de la
philo :
« J’avais
choisi la philo par conviction »
parceque
j’aimais cette matière et je pensais, par ce
choix, faire de l’enseignement par passion et
non pas, comme une obscure fonctionnaire, juste
pour un salaire à la fin du mois. Il me fallait
réfléchir tout le temps à ma situation de prof,
déterminer ma responsabilité quotidienne, ma
relation pédagogique et humaine avec mes élèves
pour leur faire aimer la matière enseignée. Il
me fallait faire de gros efforts pour m’habituer
à ma nouvelle fonction. Maintenant cela fait 20
ans que j’enseigne la langue arabe et je ne peux
plus changer aujourd’hui pour à nouveau
enseigner la philo »
Pou rappel il
faut dire que la suppression de la philo ne fut
pas directe. Pour l’enseignement au lycée cela
s’est exprimée par la diminution des heures
d’enseignement qui sont passées de 8 à 4 heures
par semaines. Aujourd’hui 4 heures de philo par
semaine c’est la plus longue durée et elle
concerne uniquement les classes terminales du
BAC section lettres modernes. Les autres niveaux
et sections c’est uniquement deux heures par
semaine.
Pour des
sections comme l’économie et techniques ils sont
tout simplement dépourvus de l’enseignement de
la philo. Or l’une des revendications de
l’association marocaine des enseignants de philo
c’est la généralisation de l’enseignement de
cette matière pour toutes les sections de
l’enseignement.
« Le
programme est déjà trop chargé pour imposer une
matière supplémentaire » déclare un haut
fonctionnaire du MEN.
Ce dernier ne
se base que sur une appréciation subjective car
il n’y a jamais eu aucun sondage auprès des
concernés, à savoir les élèves privés de cet
enseignement pour pouvoir en juger et tirer les
conséquences en tout objectivité.
Dans le même ordre d’idées
de suppression et s’agissant de l’enseignement
supérieur dans les universités et facultés
nouvellement créées on prévoyait tous les
départements sauf celui de la philo. Les
Facultés nouvellement créées étaient de ce fait
estropiées.
« Pour la première fois la philosophie est
programmée à l’Université Hassan II Faculté des
lettres et des sciences humaines de Ben M’sik et
cela intervient dans un contexte de
renaissance de la philosophie au Maroc »
indique Taoufik Rochd professeur et responsable
du nouveau Département de philosophie de la
Faculté de Ben M’sik de Casablanca.
La création
de ce département s’est effectuée sans
publicité.
« Le bouche à oreille a joué et nous avons eu
près de 400 demandes d’inscriptions à la rentrée
2004-2005. Nous en avons retenu 180 seulement »
indique M. Rochd. Un appel à des enseignants
exerçant dans des lycées a été fait pour combler
le manque d’enseignants.
« Ce sont des
enseignants compétents qui ont déjà soutenu leur
de Doctorat mais nous attendons des postes
budgétaires pour qu’ils puissent intégrer
l’université ».
Pour le
programme d’enseignement de la philo le quart
est concentré sur la communication,
l’esthétique, l’histoire de l’art, la
documentation soit une pluridisciplinarité
ouvrant la philo sur des champs divers.
Selon M. Rochd le retour
de la philo s’inscrit donc dans un contexte de
« renaissance »,
renaissance de cette discipline au Maroc grâce à
des initiatives multiples notamment des revues
comme « Dafatir
Falssafia »,
« Madarat
falssafia »,
« Fikroun wa
naqd » sans
parler des revues disparues
« Beit El Hikma »
de Mostafa Mesnaoui une très belle expérience
ainsi que des traductions effectuées par
Abdesslam Benabdelali, Salem Yaffout, Mohamed
Sabila, des traductions très estimées et
demandées dans le monde arabe et qui démontrent
combien l’initiative privée à partir de moyens
limité a permis de maintenir une résistance face
au désert.
Reste à
signaler que la philo a continué à être
enseignée uniquement dans les facultés de
lettres de Rabat, Fès et Marrakech. Cet
enseignement toutefois se rapportait beaucoup
plus à la sociologie que la philosophie
proprement dite.
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